Parlons de Sagesse.

Je me demande si la sagesse a encore sa place en politique…

Sagesse, nom féminin. Personnellement, je rapproche ce mot d’un « idéal de vie humaine » sur le modèle de la tradition grecque et orientale.

J’ai beaucoup réfléchi à la manière d’associer mon combat politique, l’écologie, à la notion de sagesse. En premier lieu parce que l’écologie traite du mode de vie, du modus vivendi.

Dans le langage courant on associe le mot “sagesse” au “calme et à la modération”. Par exemple, on va dire à un enfant « sois sage » pour lui dire “sois calme”. Et derrière l’injonction « sois sage » on veut lui dire en fait « soit obéissant ».

A grande échelle, le phénomène d’obéissance collective a été très bien décrit par Hannah Arendt dans le contexte de l’escalade atroce du régime nazi. Elle parle de “banalité du mal”. Est-ce sage d’obéir à une injonction dominante, même si elle est injuste ou immorale? Non. Pour cette raison, la véritable sagesse peut conduire à la désobéissance, à l’indignation et même à la rupture. L’obéissance n’a rien à voir avec la sagesse.

En philosophie grecque, on parle de “sagesse” pour qualifier un comportement qui allie une profonde connaissance de soi et une profonde connaissance des autres.

Dans l’Ancien Testament, la figure ultime du sage c’est le roi Salomon au début de sa vie. Un peu comme Aladdin avec son génie, il eut l’occasion de faire un voeu et ne demanda que la sagesse à son Dieu : « je ne veux rien quun cœur qui ait de l’entendement pour gouverner ton peuple, et pour discerner le bien du mal » demanda-t-il. Il est écrit dans le livre des Rois : ‘Dieu donna à Salomon la sagesse, une très grande intelligence et des connaissances aussi nombreuses que les grains de sable au bord de la mer. Il a prononcé 3 000 sentences et composé 1 005 cantiques. Il a parlé des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort de la muraille. Il a aussi parlé des animaux, des oiseaux, des reptiles et des poissons. De tous les peuples on venait pour écouter la sagesse de Salomon. » On remarque que ce que la Bible valorise comme discours de sagesse, c’est la relation du sage avec le vivant. Concrètement, le premier acte du sage Salomon, c’est la révélation d’un mensonge et une sentence de justice.

Si je devais associer une qualité première à la sagesse, ce serait donc le discernement. Et par discernement, j’entends la capacité lucide à juger s’il faut être obéissant ou désobéissant à une injonction naturelle, sociale, culturelle ou technologique. La sagesse, c’est la propension à faire le bon choix au bon moment. 

Aujourd’hui dans les médias, dans la manière de conduire nos vies, sous le règne de la consommation et la production de masse, nous obéissons à des injonctions insoutenables. C’est la démesure et la violence.

Je ne prétend pas détenir la sagesse moi même. Je consomme une quantité faramineuse d’énergie, produis trop de déchets et n’agis pas toujours avec justice. Non, je ne suis pas sage. Mais – et c’est peut-être has been de le dire, je cherche la voie de la sagesse.

Alors c’est vrai que je ne sais pas encore précisément comment on cultive le discernement… Un jour, je voudrais parcourir les territoires de France, les mers du nord et la Méditerranée, pour poser la question aux gens ordinaires. Qu’est-ce que la sagesse pour un marin breton, une paysagiste basque, un coiffeur auvergnat, une enseignante marseillaise, un plombier immigré? J’aimerais comprendre le lien entre sagesse et territoire. Je soupçonne que c’est ce lien le siège du dénominateur commun à toutes les sagesses. Et si quelqu’un a envie de m’aider à accomplir ce projet ou le financer – surtout qu’il me le dise !

Plus j’avance dans ma réflexion politique et plus je perçois l’importance d’un autre mot, plus polémique encore : la “morale”. On préfère parfois “la responsabilité” ou “la justice” dans les usages. Pour moi, la morale englobe le tout, et ce n’est pas un sujet exclusivement religieux ou puritain. Je crois que nous sommes tous capable de reconnaître quand nos actions sont mauvaises. Au moins a posteriori. Le plus dur, c’est le repentir. En France, libérés du joug moralisateur catholique, nous avons rejeté la morale avec l’eau du bain. Pourtant oui, les riches devraient mieux partager avec les pauvres, les hommes devraient mieux traiter les femmes, les technologies devraient servir de meilleurs usages et l’humain devrait cesser de détruire le vivant qui l’engendre. C’est de morale universelle dont nous parlons. Victor Hugo disait : « Tout ce qui souffre accuse, personne n’est tout seul, toutes les fibres vivantes tressaillent ensemble et se confondent, les petits doivent être sacrés aux grands, et c’est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts. »

A mon sens, il n’y a pas de hiérarchie entre sagesse juive, musulmane, chrétienne, bouddhiste ou même sagesse populaire. Toute quête d’un idéal de vie humaine, toute quête d’un art de vivre qui allie spiritualité, sobriété et générosité me parait être une quête de sagesse. Et nous sommes nombreux à nous égarer.

Alors pour conclure et répondre à la question initiale, je dirai que oui, la sagesse a encore sa place en politique. Plus que jamais même. A mes yeux, au XXIème siècle, seule la quête déterminée d’une justice écologique, technologique et sociale me parait sage. Tout simplement parce qu’elle est la seule approche politique qui combat ouvertement la folie imprudente, l’hubris.

Une réponse à « Parlons de Sagesse. »

  1. […] vers l’article de Maxime Blondeau: par ici […]

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