Parlons de l’Etat français.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler du livre que je viens de terminer, “Le Nouveau Modèle Français” de David Djaïz.

Le nouveau modèle français, c’est un livre politique écrit par David Djaiz, normalien et énarque de 30 ans, auteur de deux autres ouvrages intéressants “La guerre civile n’aura pas lieu” et “Slow démocratie”. Il compte comme moi parmi les 100 signataires de la tribune “Pour une République écologique et du “Collectif des 40”.

C’est un bouquin que j’aime bien pour plusieurs raisons. D’abord, il est présenté comme un antidote à la pensée d’Éric Zemmour (le contraire de la paranoïa, c’est la pronoïa).

Mais il présente d’autres vertus : il est accessible et frais, c’est à dire lisible pour celles et ceux qui s’intéressent à la politique de notre pays. Et çà ne l’empêche pas de porter une vision. Ensuite, il permet de comprendre à quel point l’après-guerre a été structurant pour l’Etat français sous l’influence de personnages comme Jean Monnet. Et enfin, ce livre porte l’espoir d’une nouvelle économie concertée, d’un État français capable d’enclencher une véritable conversion, qui respecte son histoire nationale mais intègre de nouveaux déterminants : préservation des libertés, cohésion des territoires, égalité, créativité, justice sociale et écologique.

Le livre fait environ 200 pages. Je l’ai lu en un aller retour Vannes — Paris, c’est à dire en 4h de temps. Il est divisé en deux grands chapitres. D’abord l’analyse historique : “le modèle d’après-guerre” et “l’automne de la modernisation” du début des années 70 à aujourd’hui. Ensuite le second chapitre, la vision proprement dite, avec un diagnostic partagé, un projet productif et cette invitation à une nouvelle culture républicaine.

Vis à vis de l’État gaullien planificateur, centralisé et incarné, ce livre est à la fois nostalgique et critique. Nostalgique, de sa puissance modernisatrice et structurante, de sa méthode qui a permis à la France de revenir parmi les premières puissances mondiales en quelques décennies; Mais critique aussi, de l’obsolescence de ses idées, de sa forme et de ses effets toxiques sur les territoires et la société. David Djaïz propose des réformes institutionnelles mais n’évoque jamais l’hypothèse d’une nouvelle constitution.

Passons rapidement sur l’analyse historique et arrêtons-nous sur le postulat du second chapitre. L’économie mondiale serait aujourd’hui dominée par le culte du bien-avoir, et par deux modes de production de valeur à la fois concurrents et alliés : le capitalisme dérégulé de plateforme et le capitalisme étatiste. Le livre invite à une nouvelle voie, bien française : une économie du bien-être pour répondre au désir d’ancrage territorial, d’unité républicaine et d’impératif écologique.

Parmi les pistes de réforme, citons la simplification du fonctionnement des collectivités sur un modèle à deux niveaux. Un renforcement du bloc communal, d’abord. Les élections municipales pourraient désigner au suffrage direct à la fois les élus des communes et des intercommunalités, qui hériteraient de compétences départementales. Et le bloc régional, ensuite, qui absorberait le reste des compétences départementales. Une Chambre des Régions prendrait le relai du Sénat. On trouve aussi de belles idées autour de la notion de tiers-lieux, de jardin, du monde rural et scolaire.

Ces propositions ne sont certes pas nouvelles. Le nouveau modèle français ne réinvente pas la poudre soyons honnête, mais il vient relier le sujet de la transition écologique et sociale à celui de l’Etat.

Je lis ce livre comme une déclaration de confiance en la transition écologique, technologique et sociale avec la République comme ferment et l’Etat comme pilier. Non, l’État n’est pas une puissance transcendantale et sacrée dont l’effet serait déterminé. En fait, l’Etat est conçu pour le long terme et se distingue structurellement du Gouvernement. Il est un édifice collectif, un instrument assujetti à la volonté souveraine du peuple. Voilà ce qu’est au fond la République : la juste articulation entre les institutions, les territoires et les citoyens.

Une phrase de l’historien Fernand Braudel me revient à l’esprit : « la technologie n’est qu’un instrument, et l’homme ne sait toujours pas s’en servir” disait-il. Et bien pour l’Etat, je crois que c’est pareil. L’État n’a pas été pensé pour contrôler les masses, accélérer la production, centraliser les pouvoirs, c’est faux. L’Etat est un instrument de droit au service de notre intention collective, il peut libérer les masses, réduire la production, décentraliser les pouvoirs.

Pour moi, ce livre démocratise avec simplicité un espoir, celui de la puissance publique. Même s’il est incomplet, le Nouveau modèle français” a le mérite de poser une question fondamentale : “Si l’État républicain est un instrument au service du peuple, alors comment s’en servir?

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